Une aiguille sur le compteur annoncait déjà un mauvais présage depuis Barmera vers Adelaide... de la fumée s'echappait depuis le capot et une odeur cramoisie nous montait au cerveau. Il nous a fallu peu de temps avant de nous rendre compte que la pompe à eau du radiateur était en train se nous lâcher. Nous sommes contraints de nous arrêter à la périphérie de la ville d'Adelaide. Nous dormirons aux abords d'un parc, nous n'avons pas trop le choix. Notre méconnaissance de la mécanique nous porte à croire qu'on pourrait bien bousiller le moteur. A 3h du matin, un homme tape au carreau et comme des chiens errants, nous sommes chassés. Nous finissons notre nuit non loin.
Lendemain. Lundi enfin. La banlieue regorge de garagistes. Coût total des réparations... 250 dollars. En gros, toutes nos économies ou presque y passent. Coup dur. David imperturbable garde le sourire. Et quand je vois le nombre de kilomètres au compteur de cette Ford d'un autre temps, moi aussi je souris...422 000 km...
Rien ne semble peser sur nous. C'est ainsi que le voyage prend tout son sens, dans l'imprévisible. J'ai encore du mal à prendre sur moi. Je suis encore vierge de ce genre d'aventure. David m'enseigne les rouages de la patience. Je reporte sur lui mes plus grandes faiblesses de petite parisienne ayant vécu longuement dans un cocon. Plaintes et replaintes. Son sourire jamais ne s'ébranle. Le moteur vibre de nouveau. Nous rejoignons la côte, la mer, l'horizon immense qui rend mes yeux couleur noisette si bleus. Okaparinga. Tant de ville portent des noms aborigènes et pourtant, nous rencontrons si peu d'entre eux. Nous montons le camp sur les hauteurs de Maslin Beach. L'océan s'étend à perte de vue et nous enveloppe dans son mouvement régulier. C'est un autre paradis que celui-ci. Le luxe de pouvoir dormir dans une voiture, de se coucher avec le soleil se mourrant dans les vagues.
Un luxe...de profiter de la plage et de son périmètre réservé aux naturistes ! Eh oui !! pour vous, j'ai testé le plan tout nu, tout bronzé. Quelle sensation incroyable. Une liberté indescriptible, cela semble tellement naturel d'être dans le plus simple appareil. Mais il est temps déjà de se rhabiller. Nous courrons à la ruine. Car je deviens gourmande. La proximité (à quelques kilomètres) d'un centre commercial, m'encourage à l'achat inconsidéré de croissants qui me rendent légèrement nostalgique. Ayla, notre compagne à quatre pattes, profite des derniers instants sur le sable blanc, et par trop d'insouciance, referme sa mâchoire sur mes jambes, mes mains, mes vêtements sans états d'âme (elle aura ma peau !). Quelques souvenirs donc plutôt vifs.
Nous roulons vers les terres, en direction de vignobles qui pourraient bien nous apporter quelque travail. Tanunda. Plus d'un tiers de la production australienne s'effectue ici. Et pour l'instant, c'est vendredi de pâques ! Personne dans les fermes, les magasins en ville sont quasiment tous bouclés. Nous remarquons le nombre impressionnant d'églises pour une si petite ville. Et une fois encore, je suis impressionnée par l'accueil chaleureux de ses gens. Je suis assise là, dans un cyber café qui n'a qu'un ordinateur. On m'octroie des prises électriques pour charger les batteries de mon portable et de la lampe de survie qui commencaient à nous faire défaut. On me donne les clés des toilettes privées et surtout, on me prépare un thé avec un peu de sucre. On me sourie. On m'apprend à sourire tout les jours de ma condition d'être humain qui n'est certainement pas la pire...même si... Le passé appartient au passé. Il m'a construite, c'est ce que j'en sais. Le présent est une pierre de plus qui permet de consolider l'édifice. Et quel édifice, c'est... édifiant.