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 Prénom  alec / audrey  Nom  leclerc
 Age  28  Minimessages  Envoyer un message
 But du voyage  WH Visa  Durée du séjour  qui sait
 Date de départ  31/12/2004   Note: 3,6/5 - 5 vote(s).
 Description : 10 jours à Singapour , puis Sydney le 11 janvier. But: faire le grand tour (+Tasmanie et Nouvelle Zélande) durée de l'aventure: 1 an

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 Localisation : Sénégal
 Date du message : 04/05/2002
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 Mam'Diara

Le Sénégal, il ne faut pas croire, quand on y a des beaucoup d'amis, ça devient difficile de respecter un quelconque programme, même si vous le préparez en début de matinée. Impossible même de faire ne serait-ce qu’un dixième de ce qui est prévu ! Votre journée, vous la passez…à manger ! Chez les uns, chez les autres, ici et là, l’arrêt est presque obligatoire. On vous gave comme des oies et on vous regarde à peu près mal si vous ne faîtes pas honneur à la cuisinière. Ainsi parfois, vous pouvez percevoir un petit bruit salivaire qui s’obtient très facilement en positionnant votre langue contre vos dents - mâchoire fermée - en modulant vos lèvres et en aspirant sèchement un brin d’air. Si ça a un nom, je ne le connais pas, mais ce qu’il signifie n’a rien d’engageant ! J’en ris encore, mais quand il est produit à votre intention, vous avez définitivement envie de disparaître par la porte de derrière…s’il y en a une. Donc, vous finissez votre journée l’estomac dans les talons et si je peux vous conseiller un remède efficace - à vrai dire, il n’y en a pas d’autre - il vous faudra marcher longuement pour aider votre intestin à dilapider les restes. Ainsi, après chaque repas, repus et galvanisés par la cérémonie des trois thés, nous entamons une procession à travers toute la banlieue de Dakar…jusqu’à la prochaine maison. Nous rentrons assommés de bonheur chez le papa de Parisette, la cousine de Yann, chez qui nous avons élu domicile, et avec qui nous ressassons de bons souvenirs et rigolons ensemble souvent très tard. Cette petite maison chaleureuse, je la garderai éternellement dans un repli de mon cerveau pour la quiétude et l’amour qu’elle m’inspirait. Je me rappelle le portail du patio, si haut qu’il ressemblait à une petite muraille, assez haute pour épargner à ses occupants le regard des curieux. Je me souviens la salle à manger et les lits superposés où je retrouvais Parisette chaque matin, encore dans les vapeurs de ses rêves. De la chambre de son père, obscure, dont les volets étaient toujours fermés afin que la fraîcheur se conserve le plus longtemps possible. Du jardin intérieur pavé à peine ombragé donnant sur la douche faisant aussi office de toilettes. De la cuvette en pierre où se faisait la vaisselle. Je me souviens le salon, planté de canapés dont il était difficile de se défaire, et décoré de reliques catholiques. Le Sénégal a cela de beau, c’est que musulmans et chrétiens font plus que se tolérer. Ils vivent ensembles en harmonie - pour ce que j’en ai vu - dans le plus profond respect. Je l’ai considéré un soir où Kémo et Karim sont venus nous chercher et se sont assis longuement sur les fauteuils face à ce décor religieux. Sereins et silencieux, si beaux. Ensembles, nous arpentons tous les soirs des quartiers où se croisent les rues, le peuple, les fameux bus rapides qui ne connaissent jamais les mêmes arrêts. Je me sens bien, en sécurité, acceptée même si je reste une toubab à la peau blanche. Et je le ressens peut-être parce que nos amis me donnent - ce qui n’est pas très habituel - un surnom, le plus honorable qui soit pour une femme et qui plus est pour une femme européenne. Ainsi, à Dakar, j’ai entendu mon nouveau nom, Mam’ Diara. Karim me regarde dans les yeux, et me dit "tu as le coeur bon et l'âme sage. Mam'Diara. Oui, cela te va bien." "Mam'Diara, explique t-il de sa voix calme, est la mère qui mis au monde notre père spirituel, elle t’accompagnera et te protégera. Son nom est d'une très grande force. Oui, très grande" . "Je ne suis pas à la hauteur d'un tel nom Karim", lui ai-je répondu en connaissance de cause. Dans son regard paisible, je voyais que rien n'y changerait, que cet honneur, je devrais, bon gré malgré, m'en accommoder. D’autres pourraient s’en énorgueillir, moi, j'ai eu l'impression de porter un poids plutôt qu'un nouveau prénom, pour tout ce qu’il représente. Je me sentais même mal à l’aise quand certains commerçants trop entreprenants se soumettaient soudainement et solennellement à la formulation de ce nom. Mais il a été pour moi un guide, un repère au milieu de toute cette intense vie sénégalaise. Non que tout allait trop vite, mais justement chacun prenait le temps de vivre et d’apprécier chaque moment, lui conférant dans la mesure du possible une certaine importance. Le plus beau fut le jour de mon "baptême". Un baptême pour mélanger les religions, les faire une. Les oublier même peut-être. Accepter d’être un Homme parmi les Hommes. Car c’est ainsi, en me donnant ce nouveau nom qu’ils m’ont fait leur. Pas pour embrasser leur religion, ni leur vision du monde, mais pour me témoigner leur amitié, celle qui envers et contre tout, unit ceux que des frontières ou des croyances ne peuvent séparer. Ainsi dans l'océan Atlantique, j'ai regardé les anges qui m'avaient éclairé de leur sagesse et poser mes yeux sur l'horizon. Et j'ai senti cette paix intérieure extraordinaire. Alors, j'ai pleuré.

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