J'ai rencontré 2 gamines sur la ligne 9, station Robespierre - Montreuil 93.
Je précise car je les vois comme je me revois à leur âge, dans cette ville où je suis née. Elles sont là, debout au milieu du wagon quasiment vide. Et elles se lancent un défi : "Sans les mains !", la barre de sécurité en cas de freinage n'a qu'à bien se tenir ! Soudain, leurs yeux se concentrent sur un strapontin, ma chaussure les reflets dans la vitre, les mains se crispent, c'est maintenant tout leur corps qui devient dur, leur visage exprime une détermination que je connais bien...
Ce n'est pas un défi banal , c'est une épreuve pendant laquelle rien ne doit pouvoir les ébranler. Elles seront fortes. Elles l'ont décidé. Je souris. Vient la secousse et c'est la chute. Mais elles s'en foutent, rigolent et s'asseoient quand les portes s'ouvrent sur 1 ou 2 pélerins. Un jour viendra où le défi évoluera. On se lasse vite de ces jeux où l'on gagne tout le temps. Et puis, ça va 5 mn.
Non, un jour, on voudra découvrir le monde.
Nous arrivons station Porte de Montreuil. Il faut changer de quai, c'est le terminus.
Elles n'ont pas compris l'annonce du conducteur. Elles sont livrées à elles-même à 8-10 ans dans ce labyrinthe, seules, sans chaperon. Je leur explique.
Je suis impressionnée par leur calme. Je réalise que bientôt j'aurais 8-10 ans dans le métro de Sydney, que je lâcherai la barre de sécurité, comme pour gagner le perpétuel défi. Je m'imagine perdue. Je souris encore. Il suffira que je demande mon chemin.
Se perdre a aussi du bon. C'est ainsi qu'on finit par se retrouver. Et qu'on grandit. (Enfin, on n'est pas obligés...)
Dans moins de 10 jours, je demanderai la route d'une plage paradisiaque en Malaisie. Mmmmmmm vous allez me manquer !
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